Le Placenta délivré

Le Placenta délivré

Une lecture qui ouvre un nouveau chemin vers la naissance

Il y a des livres que l’on lit, et puis il y a ceux qui viennent mettre des mots sur quelque chose que l’on pressentait déjà. Le Placenta délivré, de Laurie Vallée-Dallaire, fait partie de ceux-là.

Cette lecture m’a profondément interpellée et a nourri une réflexion qui m’accompagne aujourd’hui dans ma pratique : et si nous prenions le temps de reconnaître et d’honorer ce qui nous a accompagnés au tout début de notre vie ?

Je ne suis ni sage-femme, ni doula, ni professionnelle de l’accompagnement périnatal. Je suis maman de deux enfants et praticienne chamanique. C’est donc avec ce regard-là que j’ai reçu ce livre : celui d’une femme, d’une mère et d’une praticienne qui s’intéresse depuis longtemps aux liens invisibles, aux passages de vie et à la manière dont les rituels peuvent nous aider à donner du sens à notre histoire.

Le « gâteau de la Mère »

Le mot placenta vient du latin placenta, qui signifie « gâteau » ou « galette », en référence notamment à sa forme et à son rôle nourricier.

Cette étymologie m’a amusée et touchée à la fois.

Le placenta est en effet un organe extraordinaire. Pendant toute la grossesse, il constitue une véritable interface entre la mère et son bébé. Il participe à ses échanges avec le corps maternel, contribue à sa nutrition, à son oxygénation et à sa protection, et joue un rôle essentiel dans le maintien de la grossesse.

Il est là dès les premiers temps du développement.

Et pourtant, dans notre culture, nous lui accordons finalement très peu de place.

Un organe à part

Une des choses qui m’a particulièrement frappée dans cette lecture concerne l’origine même du placenta.

Le bébé et le placenta se développent à partir du même œuf fécondé. Ils portent donc une histoire génétique commune, issue de la rencontre entre l’ovule et le spermatozoïde.

Cette proximité entre l’enfant et son placenta m’a profondément questionnée.

Pendant environ neuf mois, cet organe nourrit, accompagne et protège le bébé. Puis, une fois la naissance passée, il est généralement considéré comme un déchet médical et éliminé.

Comment quelque chose qui a joué un rôle aussi fondamental pendant neuf mois peut-il devenir, en quelques minutes, quelque chose dont on se débarrasse ?

Cette question est personnelle. Elle n’est pas une conclusion médicale du livre, mais bien une réflexion que cette lecture a fait naître chez moi.

Le bébé… et son placenta

Le livre ouvre également une réflexion étonnante autour de la relation qui peut exister entre le bébé et son placenta pendant la grossesse.

Le placenta n’est pas simplement un organe « à côté » du bébé. Il participe pleinement à son environnement intra-utérin et reste relié à lui par le cordon ombilical.

Cette image me touche particulièrement : avant même de découvrir le monde extérieur, le bébé évolue dans une relation permanente avec ce qui le nourrit et l’accompagne.

Le placenta pourrait ainsi être regardé comme l’un des premiers éléments de notre histoire.

Une première présence.

Un premier lien.

Et peut-être même, dans une lecture plus symbolique, notre tout premier « objet » de sécurité et de réconfort.

Cette réflexion fait d’ailleurs écho à une question qui m’intéresse beaucoup dans mon travail : pourquoi certains objets nous accompagnent-ils avec autant de force émotionnelle ? Pourquoi avons-nous besoin de conserver, toucher ou retrouver certaines choses pour nous sentir reliés ?

Le placenta nous ramène à quelque chose de très archaïque : le premier lien.

Préparer aussi la délivrance

Un autre aspect du livre m’a interpellée : la place donnée à la délivrance.

On prépare les futures mamans à l’accouchement. On parle des contractions, de la respiration, des différentes étapes de la naissance, de l’arrivée du bébé…

Mais sait-on toujours qu’après la naissance du bébé, il reste encore une étape : la naissance du placenta ?

Cette dernière étape peut sembler secondaire puisqu’elle arrive après la rencontre tant attendue avec l’enfant. Pourtant, elle fait pleinement partie du processus de naissance.

Cela m’a amenée à penser qu’il serait intéressant de préparer également les futures mères à cette dernière étape : savoir qu’elle existe, comprendre ce qui se passe et pouvoir, si elles le souhaitent et selon le contexte médical, lui accorder une attention particulière.

Le cordon : un geste chargé de sens

La question du moment où le cordon est clampé et coupé ouvre elle aussi une réflexion intéressante.

Tant que le cordon ombilical pulse, les échanges entre le placenta et le nouveau-né se poursuivent. Le sang continue notamment à circuler vers le bébé.

Les pratiques autour du clampage du cordon ont évolué et font aujourd’hui l’objet de recommandations médicales précises. Elles ne relèvent donc pas d’un choix que l’on pourrait réduire à une simple dimension symbolique.

Mais le geste de couper le cordon, lui, possède aussi une très forte portée symbolique.

Pendant neuf mois, le bébé a été relié à sa mère par l’intermédiaire du placenta et du cordon. Puis vient le moment où cette liaison physique est interrompue.

Un lien se transforme.

Le bébé ne cesse évidemment pas d’être relié à sa mère. Mais quelque chose change. Et je trouve intéressant de pouvoir regarder ce geste à la fois dans sa dimension physiologique et dans sa dimension symbolique.

À qui appartient le placenta ?

Une autre question posée par le livre m’a particulièrement intéressée :

À qui appartient le placenta ?

La question peut sembler étrange, et pourtant elle mérite d’être posée.

D’un point de vue biologique, le placenta et l’enfant ont une origine génétique commune. Et dans certaines traditions et approches spirituelles, le placenta est également considéré comme intimement lié à l’enfant, parfois même comme une forme d’extension énergétique de celui-ci.

Certaines traditions lui attribuent ainsi une dimension particulière et vont jusqu’à le considérer comme un « huitième chakra ».

Cette notion appartient au domaine symbolique et spirituel, et non à la médecine scientifique. Elle m’intéresse justement pour ce qu’elle ouvre comme réflexion autour du lien entre le corps, l’énergie et les passages de vie.

Et une question demeure : avons-nous suffisamment réfléchi à la place que nous accordons au placenta après la naissance ?

Ce que cette lecture a fait naître chez moi

En refermant ce livre, je n’avais pas simplement appris davantage de choses sur le placenta. J’avais surtout changé mon regard sur lui. Je ne le voyais plus comme « ce qui sort après le bébé ». Je le regardais désormais comme un témoin du premier lien. Un organe qui a nourri, protégé et accompagné. Un compagnon silencieux des neuf mois de grossesse. Et quelque chose en moi avait envie de lui redonner une place…

Une place symbolique, rituelle et profondément humaine.

De la lecture à la reliance

C’est dans cette continuité que j’ai choisi aujourd’hui de proposer une cérémonie de reliance au placenta.

Cette cérémonie est née de cette question toute simple : Et si nous prenions le temps de dire merci ?

Merci à ce qui a nourri.

Merci à ce qui a protégé.

Merci à ce qui a accompagné.

Merci à ce premier lien qui, même lorsqu’il est physiquement coupé, ne disparaît pas pour autant de notre histoire.

La cérémonie que je propose n’est pas un acte médical et ne prétend pas remplacer l’accompagnement d’une sage-femme, d’une doula ou de tout autre professionnel de la naissance.

C’est un rituel de passage et de reliance, dans mon univers de praticienne chamanique, destiné à offrir un espace pour honorer symboliquement le placenta et ce qu’il représente dans l’histoire de la mère et de l’enfant.

Et la suite ?

La deuxième partie de Le Placenta délivré est consacrée aux différentes pratiques, traditions et rituels qui existent autour du placenta.

Je ne souhaite pas en faire ici un inventaire.

Je préfère garder cette partie pour une rencontre de présentation autour de la cérémonie de reliance au placenta, où je pourrai partager ce que j’ai découvert, les traditions qui m’ont particulièrement interpellée, et surtout expliquer la manière dont j’ai choisi de créer ma propre cérémonie.

Car finalement, ce livre ne m’a pas seulement donné envie de parler du placenta.

Il m’a donné envie de lui redonner une place.

Une place entre la naissance et l’après-naissance.

Une place entre le corps et le symbole.

Une place entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas.

Et peut-être simplement… une place dans notre mémoire.

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